Dix-neuf heures dix-huit
Je compte les minutes, les heures et ma monnaie;
Je pense au lendemain, aux risques et aux faits;
J'ai sur le monde quelques profondes théories
qui rentrent dans la page comme des enfants très sages.
Je suis lucide, je suis sérieux, paradoxe mielleux;
Je me gave de viande, de belles phrases sucrées,
je mange sans y penser, sans mâcher, sans arrêt.
J'ai toujours sur ma vie quelques tours d'avance:
je suis un grand coureur, j'étudie les distances,
je suis un beau parleur, j'aime les résonnances.
Je me lève chaque matin, un oeil sur le compteur;
les chiffres se chevauchent, les durées, les grandeurs,
J'ai la vue qui se trouble, serais-je un peu malade?
J'ai de grandioses projets, je promeus mon futur;
J'investis dans le rêve, je note mes impressions,
avec une mine dure, dans une chambre obscure.
Je suis un humaniste, social, très social;
J'ai avec le monde de grandes affinités, une amitié profonde,
quelques querelles muettes, des ententes entendues;
je lui dois bien cela, c'est lui qui m'entretient,
jour après jour, tout est très bien réglé.
J'aime les paysages, les nudités lassives
je pense à ma lessive;
J'aime le vent, les dunes, les orients oranges
- mais pourquoi ne m'aimes-tu pas?
Ma langue dans son sexe, je m'enivre et suffoque:
le plaisir m'envole, ma liberté louvoie;
Je cherche pendant des siècles le chemin le plus long
Vers ma mort insipide, un matin de juillet.
Je perds un peu mon temps,
Je gagne un peu d'argent,
Je fais un peu l'amour,
Tout cela est d'un bel équilibre, les tons sont appliqués.
J'ai un petit ordinateur, un blog, une carte d'identité,
quelques dollars pour exister;
Tout s'éloigne trop vite, je peine à suivre la marche,
Je m'empêtre dans mes lacets, mes chaussures valent soixante euros vingt-cinq.
Je cogne ma tête contre un mur mou,
lacère mon visage de mon absence d'ongles,
me traite de tous les noms, impropres et infâmes.
Parfois je vois une route, aux contours inexistants,
un chemin de traverse pour couper mes errements;
ma poitrine, alors, se soulève
puis retombe bêtement.
mercredi 28 mai 2008
Inscription à :
Publier les commentaires (Atom)
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire